Confessions

Ma vie, mon oeuvre, ma street créd

Le 7 Avril 1989, à 0 an tout pile, j’ouvre mes yeux pour la première fois dans l’atmosphère blanche d’une maternité Parisienne. Mes deux frères suivent à 2 années d’intervalle chacun. Chez nous les enfants, c’est tous les deux ans, et c’est réglé comme du papier à musique.

Je grandis dans le Loir-Et-Cher où ma principale occupation consiste à marcher dans la boue jusqu’à ce qu’un matin, dans une salle de classe bruyante d’un des bâtiments préfabriqués du collège des Provinces, on vienne nous présenter l’association OSEF, qui organise des échanges longs avec le Canada anglophone. J’ai 13 ans, je parle à peine anglais, je porte un pull bleu ciel orné d’un signe chinois, et je dis oui. Oui, je partirai pour l’Amérique.

Quelques semaines plus tard, je me retrouve dans une famille Canadienne qui ne parle pas ma langue et qui mange du chou-fleur au cheddar et à la confiture au dîner, à 17h. Aucun Français à des kilomètres à la ronde et à l’époque, en 2003, Skype n’existe pas. Les contacts avec ma vraie famille se limitent donc à quelques brefs coups de téléphone et aux colis soigneusement préparés par ma maman et contenant mon kit de survie 100% bleu-blanc-rouge : du fromage, quelques mots d’amour et les épisodes suivants d’Artemis Fowl.

Alors je m’adapte, je dis hi, je hug, je me déguise pour Halloween et danse sur Sir Mix-a-Lot au bal de fin d’année. J’apprends à découvrir, à rencontrer, à comprendre, mais surtout j’apprends l’indépendance. Car pendant ces 4 mois, la personne sur qui je me repose… c’est oim.

Puis les années passent, mon acné aussi, ou à peu près disons. J’atteins péniblement mais sûrement mon mètre soixante. Je fais du sport, j’ai plein de copains. J’ai mon bac avec mention, vais en prépa, passe les concours d’école d’ingé. J’étudie, pas mal, je fais la fête, beaucoup, je rigole, surtout.

Et puis un jour, BAM, il faut travailler. Il faut se lever aux aurores, petit déjeuner en écoutant France Inter dans les bouchons, passer son badge, boire un café, s’assoir derrière son ordinateur et produire. Du lundi au vendredi, produire de la valeur ajoutée. Le weekend, danser, chanter, tourner, bouger. Le dimanche soir au retour, envisager de lécher la barre du métro pour choper la sacro-sainte gastro qui permettrait de négocier un congé-maladie pour le lendemain. Et reprendre. En boucle.

Pendant ces années, j’attrape au vol chaque occasion pour partir et expérimenter. Mes stages seront à l’étranger, mes weekends seront ailleurs. Je suis toujours fourrée je sais pas où, ma grand-mère vous le dirait mieux que moi.

En 2014, je profite d’une période libre entre deux boulots pour boucler un sac à dos et filer en Asie. Toute seule. Je ne fais pas trop la maligne à l’époque lorsque je foule pour la première fois le sol Malaisien et que j’attends mon premier bus. Je me sens un peu paumée, me demande ce que je fous là, si je ne suis pas un peu cinglée quand même, que si j’avais voulu j’aurais pu trouver quelqu’un pour partir avec moi et qu’en ce moment on serait en train de jouer à « tu préfères » et à « pour combien » en l’attendant, ce fichu bus.

Des pensées que le destin ne laissait pas s’installer très longtemps car 10 minutes plus tard, la porte de la station de bus était franchie par deux italiens aux cheveux d’ébène et en tenue intégrale Quechua. Ok, donc eux, on dirait que ça serait mes copains comme ça on dirait que j’ai plus peur. Deal.

Tout s’enchaine alors. Pendant deux mois, chaque jour est le théâtre d’un nouvel apprentissage, d’une découverte, d’une rencontre. A l’époque, je m’amuse même à les compter. Et c’est magique, sur l’échelle de la confiance en soi, de 0 à 10, du geek moyen à Cyril Hanouna, je gagne deux points (attention, ce score est attribué parfaitement arbitrairement). J’acquiers de la liberté.

Je tire deux années de salariat supplémentaires mais je regarde par la fenêtre un peu trop souvent. J’ai des fourmis dans les jambes et l’impression que ma vie n’est pas ici, pas comme ça. Alors, en 2016, je pose ma dèm, mon préavis d’appart et mes affaires dans un garde-meuble. J’empacte l’essentiel de ma vie dans 60L et prend un billet sans retour pour l’Amérique du Sud, que je parcoure de sa pointe la plus australe, Ushuaia, jusqu’en Colombie.

Je vis l’année la plus intense de ma vie. La plus riche, la plus émouvante, la plus drôle, la plus triste, la plus belle, la plus douce, la plus sucrée, la plus enrichissante. Je vis, en entier. Sans limite, sans contrainte, sans programme, sans guide et sans agenda.

Je roule, je traverse des frontières, je marche, dans les Andes, sur les hauts plateaux, dans la jungle, sous le regard perçant des condors ou amusé des lamas. Je souris à des milliers de visages et rencontre des centaines d’âmes.

Et je ne pense à rien d’autre qu’au moment présent. Je vis, absolument.

Puis, à l’aube de l’été, je traverse l’Atlantique dans l’autre sens, et retrouve le monde tel que je l’avais laissé un an auparavant. Avec un nouveau président, quelques copines enceintes, mais exactement tout pareil. Je reprends les amitiés là où je les avais laissées et essaye de raconter l’inracontable. Je bafouille une réponse pas très claire quand on me demande « Et alors, maintenant ? ». Car, mon vieux, je n’en ai aucune idée.

À ce stade, il m’est absolument impossible d’envisager de signer un CDI, de m’installer dans un appartement, de rythmer ma vie à nouveau par des contraintes que je n’ai pas choisies. Non, non et renon. Car j’ai goûté à la confiture de grand-mère de la vraie vie maintenant et vous ne me ferez plus avaler de la Bonne Maman.

Sauf qu’il y a un petit détail pratique à régler… L’argent. Oui, car cette année mon compte en banque a donné plus que reçu et métaphysiquement ça ne peut pas durer éternellement. J’entame alors une phase d’intense réflexion, j’erre, je discute, je débats, je me creuse les méninges. Je pense.

Et puis un jour, une petite graine s’installe, « Mais si, en fait, je pouvais continuer à voyager et trouver un moyen de travailler en même temps ? ». Elle pousse et pousse jusqu’à ce qu’un jour, je me lance dans l’aventure du travail indépendant. Je dépose alors mes statuts, découvre l’URSAFF, le RSI, l’ACRE, trouve mes premiers clients. Puis reçoit mon premier paiement. Je bois une coupe de champagne et, en Septembre, je repars en Amérique centrale, avec mon sac à dos, qui désormais accueille un nouvel ami gris métallisé, un sourire plein de dents et une énergie sans limites pour danser, chanter, toucher, bouger.

Pour vivre ma vie comme je l’entends, en entier.

 

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3 Commentaires

  • Répondre youuly 20 décembre 2017 à 15 h 17 min

    Salut !
    Merci à toi également pour ton message d’encouragements 🙂 Oui, il faut que je retrouve l’envie d’avancer ! Déjà je veux lancer mon blog 🙂
    Merci, je n’y manquerai pas !

  • Répondre youuly 24 novembre 2017 à 12 h 37 min

    Bonjour !
    Waow, c’est impressionant d’avoir voyagé autant, c’est sûr que tu dois être plus libre dans ton coeur et ton esprit ! Moi, je n’ai pas fait tout ça, j’ai 27 et je n’ai fait que londres 4 jours et munich 4 jours.. je suis loin de tes performances mais j’ai adoré te lire ! Bravo !
    Moi aussi je suis dans l’informatique mais après une formation intensive de 6 mois (SIMPLON) et après recherche alternance pour chef de projet infructueuse je retourne à la case départ ayant perdu tout mes acquis…

    • Répondre Mélodie de mangomelo 25 novembre 2017 à 16 h 14 min

      Salut Youuly,
      Merci beaucoup pour tes encouragements, mangomelo est encore une petite pousse et ton message me fait vraiment plaisir. Alors, bienvenue, une fille dans l’informatique en plus, c’est chouette !
      Je ne connais pas cette formation mais ce que ce que tu as appris n’est surement pas perdu. Dans l’informatique, l’expérience est importante et tu peux trouver des projets sur lesquels te former, car il y a beaucoup de demande. Il y a aussi pas mal de formations en ligne qui existent si tu sens qu’il te manque des compétences.
      Bref, je suis sûre que tu y arriveras !
      Si tu as des questions plus précises, n’hésite pas à m’envoyer un message (via la page Contact).
      Mélodie

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