Confessions

Le Calypso Tico ne sera pas réduit au silence

Nous sommes quelque part dans le Sud du Costa-Rica, un jour de Novembre 2017. Le soleil est radieux, il n’a pas encore plu aujourd’hui. Casquette vissée sur la tête, Léa et moi attendons la prochaine voiture qui nous rapprochera de San José, la capitale. Nous voyons au loin s’approcher une camionnette violette. A son volant, un Tico (Costaricain), vrai de vrai, cheveux longs groupés en queue de cheval et chemise colorée. Il s’arrête.

Au volant de son drôle de carrosse, José nous raconte son combat pour la conservation du Calypso Costaricain.

 

Rien ne se crée.

Le Calypso, style musical Afro-Caribéen, puise ses origines dans les plantations de Trinidad et Tobago. Il y était un relai pour les nouvelles, à l’époque où la répression coloniale interdisait aux esclaves de communiquer entre eux.

Un chant de la nuit tombée pour dire le bien, le mal, le juste, l’injuste, raconter et dénoncer. Si les sujets sont durs, les paroles, elles, sont souvent douces et se veulent amusantes.

Il arrive au Costa-Rica au début des années 1870 avec la vague de migration de travailleurs provenant des Antilles. Alors, la communauté de Limón, dans le Sud du pays, se charge de le faire vivre et de le fleurir des autres influences de la région.

La formation traditionnelle, composée d’un bajo de cajon, de congas et d’une guitare, est enrichie de nouveaux instruments comme le banjo, la flûte ou le bongo. Les Calypsonians conservent leur qualité contestataire, mais chantent désormais les histoires de cette région du Sud.

 

Rien ne se perd.

Puis, à la fin des années 1980, ce style tant populaire est doucement délaissé par les jeunes, qui lui préfèrent les mélodies plus modernes du reggae. La musique ne se renouvelle plus.

Les musiciens non plus. Dans l’imaginaire collectif, il n’est plus joué que par quelques « vieux », ressassant sans cesse les mêmes rengaines dans les fêtes, quand les panses sont pleines et les femmes à la vaisselle, ou dans les rues. Au fil des années, le Calypso devient un truc ringard, qui représente une minorité et qui, souvent, sent le rhum suranné. Son image se dégrade et il se meurt.

Lui qui était né dans les champs de coton, en fil un mauvais.

Mais, à cette époque, quelques résistants ne l’entendent pas de cette oreille. Parmi eux, Manuel Monestel. Il fera de sa vie un combat pour sauver le Calypso (et aller le danser toute la nuit en Italie, mais on s’éloigne du sujet). Il monte un groupe, Cantoamerica, dans lequel José joue les congas et, des années durant, la bande éduque, explique, organise, se bat pour obtenir des subventions. Pour dire que, non, le Calypso n’est pas mort. Et que, si, cette musique relève de l’héritage culturel du pays. Un combat de longue haleine, que l’alcool n’entravera pas cette fois.

 

Tout se transforme.

En 2012, au terme de longues batailles, le Calypso est inscrit au patrimoine national par le gouvernement du Costa-Rica, comme partie intégrante de l’identité culturelle du pays.

En 2013, est créé le premier festival dédié au genre à Cahuita, village de pêcheurs de la région de Limón qui a vu grandir Walter Ferguson, considéré aujourd’hui comme le roi du Calypso. C’est une véritable victoire. D’autres artistes Caribéens sont invités. Dans le festival gratuit sont donnés des concerts, bien sûr, mais aussi des conférences et des ateliers. L’intention est de faire connaitre le style musical et de sensibiliser autour de son importance dans l’histoire Costaricaine.

Et ça marche. Petit à petit, il rayonne à nouveau, et son blason se redore. Il est même repris par des groupes de jeunes, comme Di Gud Frendz par exemple, dont le fondateur a lui aussi monté un escadron joyeux pour sauver la musique de ses aïeux, après avoir assisté à une conférence de ce même festival.

De plus en plus de musiques actuelles intègrent les rythmes et les mélodies du Calypso. Certains textes sont désormais chantés en Espagnol et font référence à des problématiques plus actuelles. Le style se mélange, se modernise. Et revit.

 

Alors, José, un dernier mot avant d’arriver à destination ?

 

« Y así. Entonces ya se puede decir que no se va a morir el Calypso.”

« Et voilà. On peut dire maintenant que le Calypso ne mourra pas”

 

 

Si cette histoire vous a donné envie d’en écouter plus, je vous invite à monter le chauffage, à enfiler vos plus beaux effets bariolés et à swinguer délicatement au son de cette jolie musique, ici :

 


1h à la rescousse du Calypso Tico

 

Photo de couverture : José dans sa maison au Costa-Rica, par Lea Darányi

 

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