Confessions

Léa, pouce en l’air sur la piste

Voici Léa, Léa est journaliste, Léa a 27 ans, Léa est Hongroise et Léa est partie un jour.

La culture commune, articles de blog, bouche à oreille, convient qu’il est nécessaire de posséder une assise de 10 000 euros pour partir en voyage un an. Quand Léa décide de partir, son compte en banque en affiche 400, des euros, mais elle s’en fiche pas mal et prend un billet sans retour pour le Brésil. Ouai, Léa est plutôt du genre Badass.

Son petit doigt à l’époque lui dit que tout ira bien. Sans doute avait-il déjà tout manigancé avec son pote le pouce de Léa, car c’est lui qui la fera traverser l’Amérique du Sud pendant un an. En stop, donc.

Rencontre avec cette nana qui en a dans le boxer en dentelle.

 

Léa, tu as parcouru monts et vallées en Amérique du Sud dans les voitures des autres. Ça vient d’où cette idée saugrenue ?

Disons que ce n’était pas prévu.

J’étais à Buenos Aires et tous les gens que je rencontrais, tous, me parlaient de la Patagonie avec des étoiles dans les yeux, me montraient des photos et me disaient qu’il fallait ab-so-lu-ment que j’y aille. Mon budget ne me permettait pas de descendre aussi bas, mais, un jour, j’ai rencontré un Argentin, Marcos, qui avait l’habitude de se déplacer en stop et qui m’assurait que si, c’était possible et que si, c’était facile.

L’idée s’est alors installée petit à petit jusqu’à ce qu’un jour je me lance. Pour voir.

 

Tu te souviens de ton premier trajet ?

Oui, je m’en souviens bien car je me suis mise dans une situation assez ridicule.

Je venais d’arriver en bus dans ce village, en dehors de Buenos Aires, super excitée à l’idée de l’aventure qui m’attendait. Je marchais sur le bord de la route pour trouver un bon spot quand un camion s’est arrêté juste devant moi.

C’était incroyable : quelqu’un s’arrêtait alors que je n’avais même pas encore levé le pouce. Je me suis alors lancée dans une course effrénée, avec mes 10 kilos sur le dos, pour le rejoindre le plus vite possible. Sauf que je n’avais pas remarqué un nid de poule et je suis tombée face contre terre, sac contre face…

Mes coudes, mes genoux, mes mains étaient en sang. A l’époque je ne parlais presque pas Espagnol. Et je suis montée dans ce camion dans cet état en baragouinant un « hola, perdon, permiso, un momento ».

C’est un bon souvenir maintenant.

 

Un camion donc. A quoi ressemblent les personnes qui s’arrêtent en général ? Tu pourrais dresser un portrait-robot ?

Les camions, c’est incontestablement le plus commun.

Mais il n’y a pas vraiment de portrait-robot. J’ai été prise par des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, qui en avait fait plus jeune ou dont les enfants en faisaient, des couples, des familles même, qui en général me rangent entre les enfants à l’arrière.

 

Pourquoi ils s’arrêtent ?

Soit ils sont curieux, veulent savoir qui je suis, ce que je fais là, d’où je viens, comment c’est chez moi – même si je ne suis pas persuadée qu’ils comprennent vraiment quand, après quelques minutes, ils me demandent : « Et alors, l’Ukraine, ça ressemble à quoi ? ». Souvent, je représente quelque chose d’exotique et je suis une histoire qu’ils raconteront le soir en rentrant chez eux « Chérie, tu sais pas ce qu’il s’est passé aujourd’hui ! ».

Soit ils sont gentils et veulent aider. Il arrive souvent qu’ils me disent que c’est trop dangereux et que ça ne marchera pas, donc ils me prennent avec eux (ce qui est donc la preuve que ça marche – du coup).

Pour les camions, je crois que c’est juste tellement ennuyeux de conduire tant d’heures seul, pendant des jours et des jours. Pour eux, c’est une bonne chose d’avoir quelqu’un pour partager un morceau de route. Avoir de la compagnie. Raconter leur histoire à quelqu’un d’extérieur. Ils en viennent d’ailleurs souvent à évoquer des sujets super personnels.

En Argentine, ils ont aussi besoin d’un assistant pour faire le maté. Ça je l’ai fait pendant des heures et des heures.

 

Donc, des histoires et un trajet. Qu’est-ce que vous partagez d’autre ?

En général, on partage les repas. Certains m’ont invité chez eux à dormir. Moi, j’ai souvent des cookies dans mon sac, qu’on partage aussi.

Au début, je n’osais pas accepter ce qu’ils m’offraient si je n’avais rien à donner en échange directement. Mais après un moment, j’ai réalisé que quand tu donnes quelque chose, tu n’attends pas un retour direct. J’aime l’idée que quelqu’un me donne un jour et que je donnerai en retour à un autre moment, surement à quelqu’un d’autre et sans rien attendre en retour non plus.

 

Tu t’es fait des copains ?

Oui, j’ai toujours des contacts avec certains d’entre eux. Ils m’envoient de temps en temps des messages, qui invariablement disent « Hola como estas por donde andas » (salut, tu vas bien, tu es où ?). On s’envoie des nouvelles.

Il y a aussi beaucoup d’entre eux avec qui, non, je n’ai plus de contact, mais ces rencontres éphémères font partie de la beauté du voyage.

 

Mes indics m’ont raconté que tu avais traversé toute l’Argentine avec un seul camion. Tu nous racontes ?

C’était au Brésil, j’avais noté sur mon carton le nom de la prochaine grande ville sur le chemin. Un routier s’est arrêté. Puis en discutant, je me suis rendu compte qu’il allait jusqu’à Santiago, au Chili. Mon objectif était d’arriver au Pérou, Santiago c’était donc « sur la route » et c’était complètement improbable.

Il était sympa alors je suis restée. Nous avons parcouru 3000 kilomètres ensemble, pendant 6 jours dans cette petite cabine.

 

Desfois c’est impossible ?

Disons qu’il y a des endroits, comme en Patagonie, où il y a très peu de trafic et où il faut être prêt à attendre des heures.

Des pays dans lesquels faire du stop n’est pas vraiment dans la culture. Comme au Pérou par exemple, où j’ai dû expliquer ma démarche presque à chaque fois, ou en Colombie, où les auto-stoppeurs sont regardés avec méfiance car encore récemment certains groupes armés se servaient de touristes « autostoppeurs » comme appât pour arrêter et voler les voitures.

Mais ce n’est jamais impossible. Si jamais j’attends trop longtemps, ou que je sens que je n’ai pas de chance alors je change d’endroit. Et ça marche, toujours.

 

Tes parents ne t’avaient pas dit de ne pas monter dans les voitures des inconnus ?

Je crois qu’il y a toujours un risque, quoi que tu fasses, de faire une mauvaise rencontre. C’est vrai en stop, mais ça peut aussi arriver en se baladant dans une ville Européenne. Donc je ne me pose pas trop la question et je me fie à mon intuition. Si je sens quelque chose de bizarre quand quelqu’un s’arrête, je ne monte pas. Je ressens rarement la peur, c’est congénital.

Mais je tiens à souligner que ce n’est pas une publicité. En partageant mon histoire, je n’ai pas l’intention de persuader qui que ce soit de faire quelque chose qui serait en dehors de ses limites. Chacun doit être conscient des dangers et agir selon ses envies. Il me tient à cœur de raconter, même si c’est un peu « extrême », pour montrer aux gens qu’il est possible de réaliser leurs rêves et d’oser se lancer, que ce soit un week-end à Rome, un tour à vélo, des vacances au lac Balaton, un roadtrip américain, ou même un voyage en Amérique du Sud en stop.

 

Ça sert à quoi de faire du stop ?

Faire du stop, c’est une opportunité d’accéder à une autre partie de la population que dans un parcours touristique classique. C’est différent que de prendre des bus et dormir dans des auberges, où tu côtoies surtout des backpackers ; c’est même différent de coachsurfing où tu fréquentes une certaine tranche de la population, généralement jeune et éduquée.

En stop, tu rencontres vraiment une palette super large, et c’est ce qui rend l’expérience enrichissante. Ce sont de vrais échanges culturels.

 

Disons que tu n’es pas à poil, et que tu dois emporter trois objets avec toi pour repartir en stop, tu prends quoi ?

Une tente, sans aucun doute. Un paréo, car ça sert à tout, c’est une écharpe, une nappe, une couverture, une jupe, même une arme pour étrangler les assaillants. Et peut-être un gros baluchon rempli de gâteaux à partager pour les longs trajets.

Mais c’est tout, tu n’as vraiment pas besoin de grand-chose.

 

Avant qu’on te laisse, tu as un conseil d’experte à nous donner ?

Se lancer. C’est tout. Ne pas sur-analyser, ne pas sur-penser. Juste se lancer.

Une fois sur place, respectez les gens. Souriez. Partagez ce que vous avez. Si vous n’avez rien, partagez votre bonne compagnie. Gardez les éveillés. Servez leur du maté.

Bien sûr, gardez l’œil ouvert et suivez votre intuition.

Et le meilleur viendra.

 

L’histoire de Léa vous a plu ? ça tombe bien, elle écrit un roman basé sur son voyage en stop. Le livre sortira dans les mois qui arrivent en Hongrois, mais sera aussi traduit en Anglais. On vous tiendra informés.

En attendant, vous pouvez suivre ses aventures sur Instagram : Lea Darányi

Et sur son site web, ici : http://www.leadaranyi.com

 

Vous avez aimé l'article ? Applaudissez ! (31)
Article précédent Article suivant

Vous aimerez peut-être

Aucun commentaire

Laisser un commentaire