Confessions

Une histoire de coucher de soleil et de partage de connaissances

Il est 17h à Bocas del Toro

Et le ciel s’assombrit. Je me fais déposer vite vite à la Bomba, unique station de l’île, sa pompe à essence, sa boutique de snack et son gonfleur à vélo libre-service. À la Bomba prend fin la route asphaltée, le reste du chemin pour la maison se fait en marchant. Sandales aux pieds et sac de courses en main, je presse le pas. La route pour la maison traverse un quartier brinquebalant dont les rues boueuses sont le terrain de jeu des enfants, des chiens et des poules, que les adultes surveillent, immobiles.

Puis, entre deux maisons, le chemin se rétrécit encore et donne sa place à une passerelle de bois glissante serpentant dans la mangrove. Je marche délicatement pour laisser le temps aux petits crabes vivant ici de se dérober sous mes pas. La mer est calme, elle est presque lac. La rive opposée donne naissance à de superbes collines verdoyantes. Pas à pas, sous le chant des oiseaux et d’une chanson de reggeaton populaire grésillant dans le poste de radio d’une maison voisine, je m’approche.

Au bout du chemin, en ultime soldat, se trouve une maison sur piloti d’un bleu-vert pétillant. Notre maison. J’en franchis la porte, défais mes sandales, dépose mon sac de courses dans la cuisine, attrape une bière dans le frigo et rejoins mes colocataires sur la terrasse. Le spectacle va commencer et je suis tout pile à l’heure.

Ce spectacle-là, c’est le coucher du soleil et nous ne le raterions pour rien au monde. De précieuses minutes durant, le ciel se fait rose, puis rouge, puis bleu. L’eau est miroir et le monde entier devient couleur sous nos yeux.

Nous sommes silencieux.

Puis le soleil fait ses adieux dans un ultime rayon.

 

Et la vie reprend son cours.

C’est dans cet endroit magique que j’habitais pendant un mois avec dix autres « nomades ». Un mois où nous partagions nos lessives, nos histoires et nos connaissances (Ce même mois pendant lequel est né mangomelo d’ailleurs, ndlr – j’ai toujours eu envie d’écrire « ndlr »).

D’aucuns appelleront cela une workation, un coliving, un coworking. Bref des mots en anglais un peu moches, mais on n’a pas trouvé mieux non plus. L’idée : chacun vient avec son bagage culturel, personnel, professionnel et partage ses plus belles chaussettes avec le reste de la troupe. Chacun est donc chargé d’apprendre aux autres ce qu’il sait. On essaye, on expérimente et on s’arme de notre plus bel esprit positif. En faisant le pari qu’après un mois nous serons tous des nous 2.0.

À l’arrivée dans la maison, nous écrivons tous un papier présentant ce que nous savons faire et ce que nous aimerions apprendre et le fixons sur le hall of fame. Lea propose des ateliers d’écriture, Luke peut animer des sessions de sport, Juliette veut apprendre l’Espagnol, Rosanne  besoin d’aide pour créer son blog. C’est aussi simple que ça.

Un mois durant, nous nous donnons des cours, nous nous aidons sur nos projets, nous découvrons d’autres pratiques et acquérons de nouvelles connaissances. Nous établissons un emploi du temps dans lequel nous planifions des cours, des ateliers ou des sessions en tout genre. Comme nous vivons ensemble, une bonne partie du partage de connaissances se déroule également en dehors de tout « programme », de manière naturelle.

 

Atelier en hamac (Source : photo personnelle)

 

Et ça marche, grave.

Oui, car au-delà du simple fait d’apprendre des autres, d’autres facteurs entrent dans le game et rendent l’expérience incroyable :

  1. Don. Donner des cours aux autres est un pan enrichissant de l’expérience. Car transmettre l’information correctement demande de structurer sa pensée, donc de la clarifier et de la solidifier.
  2. Ouverture. Le fait que toute la connaissance soit à disposition permet à chacun de s’essayer à de nouvelles pratiques, de se sensibiliser à de nouveaux sujets. Ici, on peut tester, on peut ne pas aimer, on peut rater, mais dans le lot il y a de grandes chances qu’il y ait quelques nouveaux mondes avec lesquels ça fasse « clic ».
  3. Bienveillance. En passant la porte de la maison, nous signons un contrat imaginaire : « des actions de tes camarades tu ne te moqueras point » « toutes les initiatives de tes copains tu encourageras ». Avec ce simple regard, nous créons un environnement ultra-propice à la création et à l’entreprise. Car avec de la bienveillance, on créé de la confiance, et avec de la confiance on fait quoi Minus ? On conquiert le monde.

 

Tadam.

Et c’est ainsi, qu’un jour, à la fin du mois de Novembre, au lever du soleil, nous serpentions à travers la mangrove dans l’autre sens. Nous marchions vers demain, armés de nos plus grands sourires et, à la main, nos bagages, un peu plus lourds de quelques nouvelles jolies chaussettes à paillette. Pari gagné.

 

Pari gagné (Source : Adrian Petrasch, photographe de la bande)

 

Photo de couverture : Coucher de soleil depuis la maison de Bocas del Toro (Source : Photo personnelle)

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